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Travaillons ensemble à bâtir un avenir commun
Première conférence canadienne sur la santé mentale et la surdité

L'autre façon de s'y prendre

par Myrtle Barrett

Le jour où j'ai perdu l'ouïe, j'ai cru que ma vie était fichue et, jusqu'à un certain point, elle l'était, ou, du moins, la vie que je connaissais. Ce fut une expérience très traumatisante, mais comme j'étais travailleuse sociale dans un milieu de santé mentale, j'ai supposé que j'avais toutes les réponses et qu'il ne faudrait qu'un peu de temps avant que la vie ne reprenne son cours. Comme je me trompais. Travailler dans un milieu de santé mentale et avoir une bonne santé mentale, c'était deux choses différentes ! Ce qui représentait un défi encore plus grand, c'était de convaincre mon employeur et mes collègues de travail que je pouvais relever le défi. Un des commentaires les plus fréquents étaient : TU NE PEUX PAS FAIRE ÇA.

Je ne vais pas parler de ma perte auditive. La plupart d'entre nous avons les mêmes histoires et des expériences qui se ressemblent. Ce qui nous différencie, c'est la façon dont nous nous en tirons et les habiletés de débrouillardise sont très individuelles mais très importantes pour la survie. Nous ne sommes pas que des personnes qui ont une perte auditive, nous sommes des personnes, et les personnes ont des personnalités différentes et différentes façons de s'adapter. Ce sont les habiletés de survie positives qui révèlent nos habiletés et contribuent à notre bonne santé mentale et qui, à leur tour, nous permettent de nous brancher au monde qui nous entoure.

Je me suis toujours considérée comme bien équilibrée et capable de relever les défis de la vie, mais répondre aux défis d'une vie de sourde ? Ce fut une période difficile d'ajustements et ce n'est pas encore facile, mais, à ce moment-là, la grande question était QU'EST-CE QUI M'ARRIVE MAINTENANT ? J'avais coutume de rester à attendre quelqu'un qui surviendrait et qui dirait : "Hé, j'ai toutes les réponses", mais pas de chance !| Puis un beau jour, j'en suis venue à réaliser que tout ça revenait à moi et à mon ATTITUDE ! Comment pourrais-je convaincre les autres si je ne l'étais pas moi-même ?

Ma perte d'ouïe ne fut pas seulement une perte physique. J'ai rencontré des problèmes émotifs, sociaux et psychologiques également. Malheureusement, beaucoup de mes problèmes furent aggravés davantage par l'attitude de mon employeur vis-à-vis la surdité, les idées fausses concernant mon handicap et l'ignorance de mes capacités.

La réponse de l'employeur à mon problème était : TU NE PEUX PAS FAIRE ÇA et l'alternative était un placement à l'École des Sourds. Les Sourds devraient travailler avec les Sourds, non ? Hé bien, me voilà partie pour mon nouveau job comme travailleuse sociale à l'École des Sourds. Le fait que ne je pouvais pas parler la même langue, que j'avais une compréhension limitée de la surdité et que je ne voulais pas y aller, tout cela ne créait que de petits obstacles que je saurais surmonter. On dit que l'estime de soi est la valeur que vous vous attribuez à vous-même, hé bien, croyez-moi, j'étais à ma cote la plus basse jamais atteinte.

Lorsque j'ai franchi la porte de l'École des Sourds, j'ai vraiment pensé que c'était ma punition finale pour être devenue sourde, pour commencer. J'avais tellement tort ! Ce fut le commencement d'un voyage qui me mènerait à de nouveaux endroits passionnants dans mon coeur, mon esprit et mon âme. Je visité des lieux dont j'ignorais tout à fait l'existence et j'ai rencontré une Myrtle qui était forte et survivante. J'ai rencontré Myrtle, qui avait de la valeur et qui continuait à avoir la faculté de faire une différence dans la vie des gens, pas seulement des gens sourds, mais des gens. Ainsi commença mon voyage...

La première chose que j'ai dû faire, ce fut d'accepter que j'avais un HANDICAP. Comment pouvais-je aider les gens à comprendre ce dont j'avais besoin pour survivre si je ne le savais pas moi-même ? Je devais apprendre à connaître mes DROITS en vertu du Code des droits de la personne, les ACCOMMODEMENTS dont j'aurais besoin pour faire tomber les BARRIÈRES. J'ai dû m'éduquer moi-même avant de pouvoir éduquer mon employeur, ma famille, mes amis et le monde qui m'entourait. J'ai dû connaître mes HABILETÉS. J'ai dû savoir ce qu'il faudrait pour m'amener là.

Il m'a fallu cinq ans pour convaincre mon employeur que je pouvais relever les défis d'une charge de travail d'entendant. Ce n'est pas encore facile. Bien que les accommodements soient là pour moi, il me faut encore franchir les barrières des attitudes. Je suis forte et j'ai une bonne santé mentale, et je crois en moi. Les gens penseront toujours et cela ne changera jamais. Je pense positivement et je pense OUI, JE LE PEUX.

Ma suggestion à quiconque se bat pour relever les défis de la vie est NE RESTE PAS LÀ ASSIS À ATTENDRE QUE LES CHOSES ARRIVENT, FAIT-LES ARRIVER ! Sors de toi, éduques-toi et éduques les autres, trouve un bon groupe de soutien, garde ton sens de l'humour, crois en toi et, dernier conseil et pas le moindre, OUVRE TOUTES LES PORTES QUE TU PEUX.

Je suis Sourde et je suis heureuse. Lorsque je dis ça certains de mes amis et de mes collègues disent "Mon Dieu, Myrtle comment peux-tu être heureuse, tu es Sourde. Tu dois être en état de déni ! Une porte s'est fermée, mais je suis passée par tellement de nouvelles autres, et mon monde est bien !

Vous pouvez le faire !!!

Myrtle

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