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Travaillons ensemble à bâtir un avenir commun
Première conférence canadienne sur la santé mentale et la surdité
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Qu’est-ce qu’un sourd ?

(ou : de quoi parlons-nous quand nous parlons de "sourds" ?)

Par Andrea Benvenuto

Si nous demandons aux gens dans la rue : qu’est-ce qu’un sourd ? peut-être nous retrouverons-nous avec des réponses variables parmi lesquelles : " c’est quelqu’un qui n’entend pas ", " quelqu’un qui ne parle ni n’entend ", " un handicapé ", " une personne qui parle avec ses mains et son corps ", etc. On dira qu’a priori tout le monde a raison parce qu’il s’agit de représentations de la question posée. Notre intention n’est pas de contester ces réponses, il ne s’agira pas non plus d’en trouver une de plus mais plutôt de les interroger sur ce qu’elles nous disent à voix basse. Nous pouvons alors reposer la question sous la forme suivante : de quoi parlons-nous quand nous parlons de "sourds" ?

De prime abord, cette question peut paraître tout à fait banale, mais quand nous nous réunissons entre professionnels de la santé mentale, enseignants, travailleurs sociaux, parents, sourds ou entendants, pour parler de nos pratiques respectives, nous ne pouvons négliger le fait, comme le souligne Michel Foucault, que « les discours (qui rendent compte de telles pratiques) forment systématiquement les objets dont ils parlent »(1). Il est hors de mon propos d’affirmer que les sourds sont une invention discursive, je voudrais simplement vous inviter à réfléchir avec moi aux catégories dans lesquelles nous rangeons les sujets et figeons les idées, sclérosant par là-même nos pratiques.

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Entre déficience et différence : les sourds

Nous pouvons parler de la surdité comme d’un objet, c’est-à-dire prendre la déficience auditive comme un manque physique qui concerne le corps de celui qui est atteint d’infirmité. Mais nous pouvons aussi parler des rapports que les sujets sourds entretiennent avec leurs prochains (sourds ou entendants) et des implications de la surdité dans ces rapports. De ce point de vue, la déficience physique est déplacée du corps infirme aux rapports et la dimension sociale du problème apparaît. L’article du sociologue français Bernard Mottez « À s’obstiner contre les déficiences, on augmente souvent le handicap : l’exemple des sourds »(2), est incontournable. Les distinctions que l’auteur opère entre déficience et handicap et les effets qui en découlent me paraissent indispensables à toute approche conceptuelle qui prétend épouser les nuances de la vie. Examinons-les brièvement.

La surdité : déficience ou handicap ?

Si la déficience et le handicap font partie d’un même ensemble, la déficience renvoie à l’aspect physique, le handicap à la dimension sociale. La déficience est mesurable et nécessaire pour situer l’individu dans une catégorie et cela permet à l’organisation sociale de planifier ses politiques. La mesure de la déficience revêt un caractère technique et donc indiscutable et situe le sujet dans des catégories purement médicales en l’ordonnant par rapport à une norme. Plus un individu s’écarte de ce qui représente la norme, plus il devient « anormal » et plus cet écart apparaît comme un échec ou un vice de forme. Nous reviendrons un peu plus loin sur ce point.

Par opposition, le handicap doit être entendu, toujours selon Bernard Mottez, comme «l’ensemble des lieux et rôles sociaux desquels un individu ou une catégorie d’individus se trouve exclu en raison d’une déficience physique»(3). Cette définition sociale du handicap met l’accent sur le caractère relatif de la déficience. Une même déficience n’entraîne pas le même handicap, c’est pourquoi les modes d’organisation sociale et politique feront de la déficience tantôt un handicap léger dans certaines sociétés, tantôt une marginalisation, une exclusion voire même un enfermement dans d’autres. En ce sens, le handicap est, au contraire de l’infirmité, un produit de l’organisation sociale. Mais quel est l’intérêt de cette distinction ?

Quand les sociétés se proposent de réduire le handicap, deux grandes orientations s’offrent à elles. Soit les efforts se tournent vers des changements d’organisation sociale qui permettent d’éliminer tout ce qui fait obstacle à l’accessibilité, et dans ce cas on tente d’agir sur le handicap ; soit ils se focalisent sur la réduction de l’infirmité, espérant par là-même diminuer le handicap. La première voie mobilise la collectivité ; dans la seconde perspective, l’effort porte essentiellement sur l’individu : de ses performances dépendront ses chances d’intégration sociale.

Quand on parle de sourds comme de déficients, que fait-on d’autre sinon donner à l’adjectif une valeur d’attribut qui revêt de ce fait un caractère accidentel ? En plaçant l’infirmité au centre de politiques et de pratiques sociales, éducatives et médicales, on laisse ipso facto de côté le handicapé comme sujet, membre d’une communauté et acteur d’une organisation sociale qui participe de concert avec lui à son intégration sociale. Lorsqu’on privilégie la voie de la réduction-compensation de la déficience dans l’espoir de réduire le handicap, la singularité n’en sort-elle pas irrémédiablement niée ? Et la négation de la singularité comme forme de vie n’est-elle pas tout simplement la négation de la vie ?

La surdité : handicap ou différence ?

Posons-nous maintenant la question : la surdité est-elle un handicap ou une différence ? Les réponses que cette question suscite font l’objet (surtout parmi les entendants) de débats sans fin. Les lignes de feu sont parfois tracées de manière radicale, comme si penser dialectiquement chacune des options était chose impossible. Nous en sommes de nos jours à un tel point de polarisation que nous ne savons plus aborder un aspect du problème sans laisser de côté tous les autres.

Si on parle en termes de handicap, reconnaître l’existence d’une minorité linguistique et culturelle devient inimaginable. Au mieux, la langue des signes peut être considérée comme un outil pour atteindre la langue officielle et la culture sourde n’est plus qu’une affaire de sourds. Si l’on parle de langue minoritaire, de différence culturelle et de communauté, alors le handicap se dissout.

Je me demande ce qui a bien pu pousser les sourds à créer une langue visuo-gestuelle pour communiquer si ce n’est la surdité de l’oreille. C’est justement cette singularité qui a permis de transformer en un acte de vie, ce que certains (généralement entendants) considèrent comme un manque. «…On peut interpréter la singularité individuelle comme un échec ou comme un essai, écrit G. Canguilhem, comme une faute ou comme une aventure… »(4). Si nous choisissons d’interpréter la singularité de l’être sourd comme une aventure, cela favorisera la reconnaissance, au-delà d’une infirmité physique que personne ne peut contester, d’une expérience de vie, d’une façon d’être dans le monde différente de celle des entendants. Et justement, dans la mesure où la valeur n’est autre que la vie - je paraphrase Canguilhem -, aucun autre jugement de valeur ne sera porté sur l’existence des sourds et leur façon d’être-au-monde. Concernant la santé et d’autres domaines encore, ces considérations revêtent une importance capitale.

En revanche, l’idéologie qui a interprété la singularité individuelle comme un échec, comme une faute, et qui a inscrit le sourd dans le discours de la déficience par le biais de dispositifs politiques et sociaux déterminés, oriente et limite le regard que les professionnels, les enseignants et, au-delà, la société tout entière, jettent sur cet individu concret qu’est le sourd. On peut alors légitimement se demander : les sujets sont-ils limités, ou ne sont-ce pas plutôt les limites qui assujettissent ? Ce n’est pas la surdité en elle-même qui produit des sujets limités dans leur capacité d’acquérir une langue et une identité, de développer des fonctions cognitives et d’accéder à la pensée abstraite, de créer des liens communautaires et d’élaborer une culture. Ce sont les pratiques qui se fondent sur la déficience et s’y épuisent, qui produisent des sujets limités. En revanche, si l’on considère la surdité non comme un accident à normaliser mais comme une différence qui produit l’existence propre de l’individu, les limites se dissolvent dans cette existence même.

On peut dire que le discours qui considère les sourds comme des êtres porteurs d’une différence et non comme des déficients, a émergé lorsqu’il s’est détourné de l’obsession du manque pour mettre en valeur une façon de vivre et d’être au monde. Au fur et à mesure que les sourds ont occupé de nouvelles places dans la société et dans l’espace public, qu’ils sont devenus des êtres de droit (à l’éducation ou à la santé par exemple) et que les recherches sur la langue des signes ont démontré qu’il s’agit bien d’une langue comme les autres, le mouvement de reconnaissance de l’existence des sourds a permis de jeter un regard différent sur leur singularité. Bernard Mottez écrit : « On ne fait (aux sourds) par avance crédit sur rien. […] Ils doivent tout prouver, même leur existence »(5). On peut ajouter : si les entendants ont nié l’existence des sourds pour mieux affirmer la leur propre, pour éprouver les limites de leur propre normalité, c’est que la place des uns est en rapport étroit avec celle des autres. La reconnaissance des sourds par les entendants implique que ces derniers acceptent un décentrement de leur rapport à la langue, à la culture, et finalement à eux-mêmes. La question peut alors se formuler ainsi : comment concevoir un monde où il n’est plus nécessaire de nier l’autre pour trouver sa place ? Je voudrais ici m’arrêter sur le processus de la nomination, partie intégrante de cette lutte entre négation de l’autre et reconnaissance de son existence.

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S’agit-il simplement de nommer ?

Si nous admettons l’idée que la nomination d’un fait, et dans ce cas précis d’un sujet, engendre par elle-même un champ d’actions et de réflexions différentes de celles qu’impliquerait un autre type de nomination, alors la désignation devient par elle-même un fait politique qui implique comme telle la société tout entière. Et si nous reprenons l’idée de Michel Foucault selon laquelle les discours forment les sujets dont ils parlent, que faut-il alors penser de la multiplicité des dénominations que les entendants attribuent aux sourds : sourds de naissance, sourds post-linguaux, malentendants, devenus sourds, Sourds ou vrais sourds, sourds oralistes ou sourds gestuels, sourds-muets, déficients auditifs, handicapés, défavorisés, pour ne citer que quelques-uns des termes du XXe siècle ; ou encore, idiot, être inférieur, monstre, essentiellement dépourvu d’intelligence, sourd et muet, comme on pouvait l’entendre et le lire jusqu’au XIXe siècle ? Si chaque période historique a usé de dénominations propres, il n’en reste pas moins que certaines ont parfois fait retour, en un mouvement de balancier qui mériterait une analyse. Quelles politiques sociales, sanitaires, éducatives, juridiques se déploient pour répondre aux besoins ainsi repérés ? De leur côté, les sujets répondent-il aux noms qui leur ont été donnés ? Quels changements sociaux sont requis pour qu’une nomination chasse l’autre et assigne les sourds à une nouvelle place ?

Des conceptions de l’ancien temps, qui assimilaient le sourd à un " idiot du village " aux définitions contemporaines qui le considèrent comme un être " souffrant de difficultés du raisonnement et de la pensée abstraite ", il n’y a pas grande différence. Il me faut un instant remonter à l’étymologie et à la sémantique du mot sourd. L’intérêt de ce détour n’est pas de nous ancrer dans la tradition mais bien d’ouvrir des voies d’exploration de nouveaux possibles. Là est l’enjeu.

Étymologie et sémantique du mot sourd

En grec ancien, le champ sémantique de κοφός (cophos) était large. Le mot signifiait " être privé de quelque chose ", " être coupé de ", et ce pouvait être de la vue, de l’odorat, etc. Une personne sourde était celle qui avait subi une mutilation, dont un sens était " émoussé " ou " entaillé ". Le mot pouvait donc aussi signifier " aveugle ", " infirme " et sur le plan intellectuel, " hébété " ou " stupide "(6). Les racines indo-européennes du mot surdus en latin, se réfèrent à la notion de " bruit ".

Les Grecs ne différenciaient pas la surdité de la mutité. Le défaut de parole orale était perçu comme la conséquence, comme une infirmité dérivée du défaut d’audition. Cette conception reste toujours en vigueur. Les dénominations " sourd-muet " ou " sourd et muet " parlent d’elles-mêmes. Le fait qu’un sourd prononce imparfaitement la langue orale n’est dû à aucune déficience de l’appareil phonatoire, mais à la déficience de l’audition qui l’empêche d’apprendre les sons d’une langue de manière naturelle.

Dans un sens figuré, cophos désignait le faible d’esprit, sans intelligence. Ici, le manque n’est pas localisable matériellement mais métaphoriquement et c’est l’image de la surdité qui est convoquée pour le désigner. Cet usage figuré du mot sourd par les Grecs est toujours d’actualité.

Du champ sémantique plus étroit – celui qui se réfère à l’audition – du mot sourd, à celui des métaphores qui peuplent les fantasmes de ceux qui voient dans la surdité la source de tous les maux (l’incompréhension, l’incommunication, le défaut d’intelligence), la trace de la nomination d’antan marque toujours le présent de son empreinte.

Comment nommait-on aux XIXe et XXe siècles ?

Au XIXe siècle, le mot "sourd" servait à désigner ceux que nous appelons aujourd’hui les "devenus sourds" et les "malentendants". Le terme était utilisé dans le sens de " dur d’oreille ", tandis que le mot " cophose " désignait la surdité totale. Cependant les termes " sourd-muet " ou simplement " muet " étaient réservés aux sourds de naissance et aux sourds prélinguaux.(7) En langue des signes, les sourds désignaient les entendants par un geste qui signifiait "parlant " (l’index tendu horizontalement face aux lèvres tourne comme un moulinet), tandis que pour se désigner eux-mêmes ils employaient le signe " sourd-muet ", en déplaçant l’index de l’oreille à la bouche. Cette désignation a une longue histoire et elle est généralement acceptée par tous les sourds.

Au XXe siècle, les revues spécialisées et nombre d’institutions d’éducation de sourds commencent à changer de nom. Les enseignants oralistes qui prétendaient que la majorité des élèves parlaient, commencent à remplacer progressivement le terme " sourd-muet " par " déficient auditif ", " malentendant ", " hypoacousique ", ce qui signe, selon B. Mottez, le passage à la médicalisation de la surdité(8). La terminologie qui entre dès lors en vigueur revient au champ sémantique du mot " sourd " en grec ancien, " être privé de quelque chose ". Quelque chose est manquant même si le manque n’est pas absolu. Cette conception justifiera le développement de techniques médicales qui viendront combler ce manque. Quelques années plus tard, les sourds revendiqueront la langue des signes comme alternative à l’oralité et le mot " muet " sera abandonné et remplacé par le mot " silencieux ": associations silencieuses, presse silencieuse, sport silencieux. Dans les années 1970 une nouvelle désignation apparaît, " Sourd " avec majuscule, rappelant que celui-ci est membre d’une réalité sociologique et linguistique déterminée.(9)

Depuis quelques années, une autre expression fait son apparition pour désigner les sourds : " personne sourde ". Il s’agit de ne pas identifier la personne à son handicap mais de ne voir dans ce dernier qu’un des attributs de la personne. C’est pourquoi, dans ce registre, on ne parle pas d’un handicapé mais de "quelqu’un qui a un handicap", " en situation de handicap ", " personne handicapée ", etc. Il y a des nominations qui renforcent les identités et d’autres qui les invalident. La nomination peut alors devenir un élément d’une stratégie de négation de l’existence d’autrui. La terminologie employée pour nommer les sourds – mais aussi d’autres catégories de handicapés – apparaît comme une manière de rapprocher celui qu’on nomme des critères de la normalité. « Ôtez l’empêchement et vous obtenez la norme », disait Canguilhem(10). Tout se passe comme si les sujets qui nous font face n’existaient pas en leur singularité. En refusant de les nommer, on nie leur place et même leur existence. Mottez remarque : « … à propos des sourds-muets, on est passé en l’espace d’un siècle d’un nom à un adjectif et d’une catégorie anthropologique ou sociologique désignant des personnes à une catégorie purement médicale ».(11)

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À propos de normal et de pathologique

Cette catégorisation médicale des sourds nous ramène au sujet de la norme que j’ai abordé plus haut. Les concepts de « normal » et de « pathologique » sont incontournables en médecine. Cependant leur signification est loin d’être toujours évidente. Le pathologique est-il opposé au normal ? Quelle relation ces concepts entretiennent-ils entre eux ? Et en quoi le recours à ces concepts contribue-t-il à éclairer nos pratiques ?

Le normal renvoie communément soit à un idéal, à un prototype ou à une forme parfaite, soit à un fait susceptible d’être décrit de manière statistique. Selon G. Canguilhem, l’enjeu fondamental est de savoir si nous devons considérer le vivant comme un système de lois de la nature ou comme une organisation de propriétés. Faut-il parler des lois de la vie ou de l’ordre de la vie ?

Quand on parle de lois de la nature, les phénomènes singuliers sont perçus comme des aberrations. Tout ce qui s’écarte de la loi, c’est-à-dire tout ce qui se singularise, est considéré comme un échec. Le singulier est irrégulier et c’est en cela qu’il est hors norme. Dans cette perspective, les cas individuels atypiques apparaissent comme des « cas pathologiques ».

Quand on parle de l’ordre de la vie ou de la vie comme une organisation de propriétés, on conçoit des fonctions hiérarchisées dont la stabilité est nécessairement précaire. Cet équilibre instable résulte d’ajustements et de compromis entre pouvoirs différents et en concurrence. De ce point de vue, « l’irrégularité ou l’anomalie n’est pas conçue comme un accident affectant l’individu mais comme son existence même ». L’individu a la capacité de produire du nouveau, c’est la condition même de son existence. Si la singularité est considérée comme un échec, le jugement porté sur elle sera nécessairement négatif. Mais si nous la considérons comme une aventure, sa valeur positive aura pour condition sa capacité à s’adapter à la vie. En ce sens, et en tenant compte des mille et une manières de vivre, nous ne pourrons pas parler de différence entre un « mode de vie manqué » et un « mode de vie réussi ». Il n’y a a priori aucune différence.

Mais revenons aux sourds. La surdité peut être considérée comme un écart par rapport à la norme et dans ce sens le sourd est celui qui vit hors norme. Il est coupé de l’audition et la fonction de l’ordre médical sera de la lui rendre. Tout est organisé autour du soin.

Mais si la surdité est conçue comme une organisation singulière de l’ordre du vivant, alors nous sommes dans l’au-delà de la pathologie, dans la production d’un mode de vie particulier. Dans ce cas, les termes de normal et de pathologique n’auront pas de valeur absolue. La surdité, pas plus que l’entendance, ne peuvent être les sources en elles- mêmes des malheurs des individus. On ne peut parler ni d’un sujet normal ou pathologique en soi, ni d’un milieu normal ou pathologique en soi. On ne peut le faire qu’en mettant sujet et milieu en relation.

Alors, dans cette optique, la tâche devient immense. Elle revêt un caractère politique, social, éthique et comme telle, elle ne pourra jamais être mise en place dans la solitude de la pensée et de l’action. C’est une question publique, au sens de res publica, une question qui appartient à la collectivité sociale et qui en émane. Collectivité dont nous faisons tous partie.

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Notes

  1. Michel Foucault, L’archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969, p. 49.
  2. Bernard Mottez, « A s’obstiner contre les déficiences, on augmente souvent le handicap : l’exemple des sourds », in Coup d’œil, Éd. B.Mottez, H.Markowicz, Centre d’Étude des Mouvements Sociaux, EHESS, n°39, 1984. Premier publication in Sociologie et Société, Montréal, 1977.
  3. Bernard Mottez, op.cit., p.3.
  4. Georges Canguilhem, « Le Normal et le Pathologique » (1951), in La connaissance de la vie, Paris, J. Vrin, 1998, p.159.
  5. Bernard Mottez, « Les sourds existent-ils ? », in Psychanalystes, revue du Collège des Psychanalystes, Paris, n° 46-47, 1993, p.57.
  6. Ienke Keijzer, La surdité dans la société gréco-romaine, Mémoire de maîtrise Lettres Classiques, Université Paul Valéry, Montpellier, 1995-1996, p. 17.
  7. Bernard Mottez, Une entreprise de dénomination : Les avatars du vocabulaire pour désigner les sourds aux XIXe et XXe siècles, H. J. Stiker, M. Vial, C. Barral (dir.), Fragments pour une histoire : notions et acteurs, Paris, Alter, diffusion CTNERHI, 1996, p. 101.
  8. Ibid., p. 108.
  9. Ibid., p. 110.
  10. G. Canguilhem, « La monstruosité et le monstrueux », La connaissance de la vie, Paris, J. Vrin, 1998, p. 180.
  11. Mottez, Bernard, op.cit., p. 109.

Andrea Benvenuto

Université Paris 8

Ottawa, Septembre 2004

 

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