Les problèmes de la famille sourde : les CODA* et l'identité
Par : Thomas H. Bull, M.Div., M.A., CSC, CI, CT
Gallaudet University
*CODA (États-Unis) - c'est le nom de l'association Children
of Deaf Adults (CODA) - enfants de Sourds adultes ; les membres de cette
association se désignent eux-mêmes par ce nom, également écrit coda ou même
koda ; nous l'emploieront tel quel dans la traduction qui suit. (Note du
traducteur)
Sommaire
La question "Suis-je entendant ou sourd ?" crée souvent un
conflit d'identité pour les enfants entendants élevés dans une famille
bilingue et biculturelle où l'un des parents ou les deux sont S/sourds.
L'identité personnelle et culturelle d'une personne est un jalon important du
développement, et les expériences de vie de ces enfants entendants ont un
effet sur la dynamique familiale. Les Codas (enfants entendants de Sourds
adultes) peuvent se sentir en conflit, marginalisés, seuls ou différents, à
grandir entendants dans le monde des Sourds. Malheureusement, comprendre et
embrasser cette différence ne se produit pas avant l'âge adulte, lorsqu'on
trouve une communauté avec d'autres "comme moi". Cette présentation
illustre le conflit et explore la puissance de l'histoire partagée et de
l'identité de groupe pour apporter une résolution positive et triomphale. Les
parents qui sont sourds bénéficient également des ressources professionnelles
et communautaires et de l'appui des pairs dans l'effort qu'ils ont faits pour
aider leurs enfants entendants à se tirer d'affaires avec la différence
"monde des entendants/monde des Sourds" plus tôt dans la vie. Un
certain nombre de ressources organisationnelles, éducatives et imprimées sont
suggérées.
Quelques acronymes
Je suis entendant et mes parents étaient sourds. On avait coutume d'appeler
des gens comme moi des HCDP (enfants entendants de parents sourds), jusqu'à ce
que l'organisme CODA (Children of Deaf Adults, Inc.) soit fondé en 1983. Avec
la croissance de CODA, devenue un organisme international, et avec la
simplicité lyrique de l'acronyme, aujourd'hui un plus grand nombre d'entre nous
s'identifient comme codas, que nous ayons un ou deux parents sourds. Tout comme
cela dépend d'une décision individuelle de s'appeler sourd ou malentendant,
c'est pareillement une décision individuelle que de s'appeler coda. Il n'y a
ici aucune supposition ou implication que l'un ou l'autre des parents est
nécessairement culturellement ou profondément sourd, ou fait usage de l'American
Sign Language. Il existe un certain nombre de chapitres de CODA aux États-Unis,
et des groupes semblables se sont formés en Australie, en Angleterre, au
Canada, au Danemark, en Finlande, en Allemagne, en Irlande, en Suède, aux
Pays-Bas et ailleurs.
Les parents sourds ont tendance à se réunir pour satisfaire leurs besoins
d'appui mutuels et offrir des activités sociales pour leurs jeunes enfants
entendants, aussi connus sous le nom de kodas (kids of Deaf Adults). Ces groupes
de parents KODA se sont formés à Montgomery County (Maryland), Seattle
(Washington), Long Island (New York) et ailleurs. Quelques agences reconnaissent
les besoins de ces parents et de leurs enfants entendants et elles commencent à
offrir des services très nécessaires. L'acronyme "koda" est de plus
en plus utilisé pour décrire les jeunes enfants entendants dont l'un ou les
deux parents sont sourds.
Je vais partager quelques histoires avec vous. En fait, plus de la moitié de
cette présentation est sur ruban vidéo. Je partagerai une partie de ma propre
histoire et les clips vidéo illustreront des expériences communes de codas et
de parents sourds. Comme on dit : "Un image vaut mille mots." Les
histoires de vie personnelle des autres peuvent avoir un impact profond sur nous
personnellement, et être source d'inspiration et de pouvoir.
Mon entrée dans la culture des Sourds
Une des différences significatives entre la culture des entendants et celle
des Sourds se trouve dans le rituel de "salutation" ou de
"présentation". Lorsque des Sourds se rencontrent, ils se présentent
d'une façon différente des entendants. La présentation, dans la culture des
Sourds, comprend l'échange des noms et quelques-uns des éléments
suivants : a) quelle école vous avez fréquentée (pensionnat ou programme
d'éducation mainstream) ; b) si vous êtes marié, qui est votre époux ou
épouse, comment vous vous êtes rencontrés et si vous avez des enfants
entendants ou sourds ; c) à quels organismes communautaires pour les
Sourds vous appartenez; et d) les personnes de la collectivité que vous
connaissez. Parce que le monde des Sourds est tellement petit, vous essayez de
découvrir des amis et des connaissances mutuels, que vous pouvez avoir connus
pendant de nombreuses années. Dans le monde des Sourds, on veut savoir quelles
sont vos affiliations au sein de la collectivité.(Lane, Hoffmeister & Bahan,
p. 5)
Si vous êtes un entendant, dans ce rituel, la personne sourde voudra savoir
comment votre rapport au monde des Sourds s'est établi. Les Sourds veulent
savoir si vous avez des parents ou des connaissances sourds, comment vous vous
êtes intéressés au monde des Sourds, comment vous avez appris la langue des
signes et qui ont été vos professeurs d'ASL, etc. Les Sourds veulent
connaître votre histoire dans ses rapports avec leur monde et ils veulent en
savoir tous les détails, de A à Z, comme on dit. Ces renseignements aident à
développer la confiance et l'acceptation au sein de la collectivité.
Dans un effort que je fais pour développer un rapport avec le lecteur,
permettez-moi de vous donner ma présentation dans la culture des Sourds. Je
suis né entendant de parents sourds. Mon père est né au Nebraska en 1903, et
ma mère, au Missouri, en 1904. Si vous connaissez bien le roman de Joanne
Geenberg, In This Sign (1970), il parle d'un couple sourd, Janice
et Abel Ryder, qui sont nés en 1900 et qui ont élevé deux enfants entendants
pendant la dépression et la Seconde Guerre mondiale. Si vous avez vu le film
1985 (Hallmark Hall of Fame), Love is Never Silent, basé sur le roman de
Greenberg, vous avez une bonne idée de la vie et de l'époque de mes parents et
du vécu des Sourds de ce temps-là.
Mon père est né sourd d'une cause inconnue et il a fréquenté la Kansas
School for the Deaf, à Olathe, parce que c'était plus près de chez lui que
l'école du Nebraska. Lorsqu'il eut 10 ans, mes grands-parents déménagèrent
dans la vallée de San Joaquin, en Californie, et il fréquenta la California
School for the Deaf à Berkeley. Mon père a appris le métier de cordonnier, il
excellait dans les sports, et, en 1922, il devint le deuxième Sourd aux
États-Unis à réussir le grade Eagle Scout. À cette époque-là l'école de
donnait qu'un enseignement limité à la huitième année, et il retourna donc
en situation de "mainstream" au high-school public de sa ville rurale
où il jouait au football et compléta deux autres années d'éducation. Il
poursuivit en gérant sa propre cordonnerie pendant 18 ans dans sa ville de
résidence. Après son mariage naquirent ma soeur et moi, et la famille
déménagea dans la région de la Bay avant la Deuxième Guerre mondiale, où
les emplois en usine étaient abondants, et mon père devint membre du syndicat
des United Auto Workers.
Ma mère est née entendante et est devenue sourde à cause d'une série de
maladies contractées entre les âges de 24 et de 36 mois. Son élocution ne fut
jamais très intelligible, ni complètement grammaticale, mais parce qu'elle
avait une certaine capacité à parler, sa famille la mit dans des programmes
d'éducation orale. Entre-temps, sa famille déménagea aussi en Californie, où
elle finit par entrer à la California School for the Deaf, à l'âge de 15 ans,
visiblement un "fiasco oral". Je suppose que son potentiel
éducationnel fut perdu pendant ces années de fréquentation d'une école
orale, parce qu'elle était fonctionnellement illettrée. Elle avait de la
difficulté à comprendre le sens d'un article de journal, elle tenait la plume
de façon gauche, et elle ne conduisit jamais d'auto. En autant que je sache, la
surdité n'est pas héréditaire dans ma famille.
C'est étrange de voir combien d'aspects de la vie de famille de Janice et
Abel Ryder ressemblent à l'histoire de ma propre famille. Ils vivaient à
New-York et avaient deux enfants entendants, Margaret et Bradley, qui étaient
séparés de six ans, et la famille communiquait en American Sign Language. Mes
parents communiquaient aussi en ASL à la maison. Ma soeur avait 6 ans quand je
suis né, et pendant ses premières années, la famille vivait avec ma
grand-mère entendante dans une région fermière de la Californie. Bradley
Ryder avait quatre ans lorsqu'il escalada une échelle d'évacuation en cas
d'incendie de leur édifice d'appartements et se tua en tombant. Margaret avait
dix ans et joua l'interprète pour ses parents lorsqu'ils choisirent un cercueil
et traitèrent avec le directeur des pompes funèbres. Ma grand-mère paternelle
fut frappée et tuée par le conducteur d'un pick-up alors qu'elle traversait
une route rurale à la tombée de la nuit. J'avais 12 ans et j'aidai mes parents
à choisir le cercueil et à communiquer avec le personnel de la maison
mortuaire. Abel Ryder et mon père étaient tous deux cols bleus, ils prirent
tous les deux leur retraite après 25 ans de service, et tous deux reçurent une
montre en or jaune à leur retraite. Comme Janice, qui travailla de nombreuses
années comme couturière dans une usine, ma mère travailla aussi comme
couturière à la pièce pour les Goodwill Industries.
Pour poursuivre les comparaisons, Margaret Ryder se maria et eut un fils qui,
comme jeune adulte, s'enrôla dans les mouvements de droits civils et alla à
Selma (Alabama). Pendant des années, il avait vu assez d'oppression et de
discrimination dans le cas de ses grands-parents sourds. Moi, j'étais étudiant
à la Pacific School of Religion, à Berkeley (Californie), où je me préparais
au ministère à l'Église United Methodist lorsque le Dr Marin Luther King, Jr.
lança un appel pour avoir des bénévoles. En réponse à cet appel, je montai
dans un autobus avec 41 autres étudiants du séminaire de la Bay Area et partis
pour le sud. Je fis la marche de Selma à Montgomery sur la foi de mes
préoccupations et de mon engagement en matière de justice sociale. Le fait
d'avoir des parents sourds était sûrement aussi un facteur. (Il faut se
rappeler que, lorsque je grandissais, il n'y avait pas de loi comme l'American
Disabilities Act, il n'y avait pas d'interprètes certifiés en langue des
signes, par d'ATM, et pas de sous-titrage des émissions de télévision et des
films.) Je suis émerveillé de ce que Greenberg ait pu écrire une telle
peinture de parents sourds et de la vie de famille, étant donné ses
expériences limitées, parce que son mari était conseiller en rééducation
professionnelle auprès des Sourds.
Lorsque CODA fut fondée, en novembre 1983, je m'abonnai au bulletin de
nouvelles internationales, pour ensuite assister à la première conférence
nationale, en Californie, en 1986. J'ai été rédacteur des actes des cinq
premières conférences et, depuis ce temps-là, j'ai assisté à toutes les
conférences internationales. J'ai contribué à établir un de nos premiers
chapitres dans la région métropolitaine de Washington (D.C.) et j'ai compilé
et publié On the Edge of Deaf Culture: Hearing Children/Deaf Parents
Annotated Bibliography en 1998. Suite à ces expériences, je suis
maintenant bien ancré dans mon patrimoine CODA. Même mes plaque
minéralogiques personnalisées déclarent que je suis un CODA. Toutefois,
pendant toute mon enfance et plusieurs de mes années d'adulte, c'était une
identité qui m'était étrangère. J'ai passé beaucoup de mes années d'adulte
à essayer de rattraper mon identité biculturelle.
Un
Tant que les montagnes seront plantées sur terre,
Tant que les rivières couleront dans la mer, ces histoires seront dites et
redites.
La Ramavana
Permettez-moi maintenant de vous peindre un tableau du dilemme interculturel
que connaissent les enfants sourds élevés dans une famille entendante. La
façon dont nous nous percevons peut se résumer dans le mot identité. La
question de base de l'identité est "Qui suis-je ?" Il s'agit là
d'un sujet extrêmement complexe. La formation et le changement d'identité sont
des processus permanents, aussi bien pour les entendants que pour les Sourds.
Même si notre perception du monde soit constamment en train de changer,
certains aspects de l'identité sont formés très tôt dans la vie et
envahissent tout. Au fur et à mesure que nous mûrissons et que nous faisons
face aux vicissitudes de la vie (l'éducation, le monde du travail, le mariage
et la vie de famille, le parentage, le "grand-parentage", le
vieillissement, etc.), nos identités évoluent également. Même là, il se
peut que d'aucuns restent confus ou incertains pendant des années concernant
leur identité, même jusque dans leur trentaine et leur quarantaine.
Un certain nombre d'écrivains ont examiné la question de l'identité au
sein de la collectivité sourde à partir de plusieurs points de vue
différents. L'incertitude, la confusion, le doute et l'ambiguïté vis-à-vis
sa propre identité semblent être les thèmes communs. Les statistiques
indiquent qu'environ 90 % des enfants sourds, aux États-Unis, sont nés
dans des foyers où les parents sont entendants. La tension et la différence
culturelle dans ces familles sont bien connues de nombreuses personnes du monde
des Sourds. Une personne malentendante peut ressentir des conflits, à savoir si
elle est sourde ou malentendante. Par exemple, dans un article de la revue
Deaf Life, Heather Whitestone, Miss America 1955, on rapporte qu'elle a
dit :"Je me sens prise en plein milieu." Une autre personne
malentendante se sentait ainsi : "Je suis un individu carré dans une
collectivité ronde." Une personne devenue sourde tardivement a comparé sa
situation à celle d'un immigrant coincé entre deux cultures. Les membres des
groupes ethniques peuvent également reconnaître la diversité de leur
identité, où le défi consiste à se mélanger ou à s'intégrer.
Dans le monde des Sourds, les histoires de "sourds perdus" sont
légion. Un scénario commun, c'est celui de l'étudiant sourd passé par
l'école mainstream, qui s'ennuie, qui n'a aucun pair sourd, qui ne connaît pas
l'ASL, qui n'est pas exposé à la richesse du patrimoine des Sourds, et qui n'a
pas de modèle Sourd à suivre à l'école. Lorsque le jeune arrive enfin à
l'école des Sourds, assiste à sa première réunion de Club sourd, ou poursuit
des études de diplôme dans un milieu éducationnel où il y a un important
programme pour les Sourds (California State University, Northridge, the National
Technical Institute for the Deaf, ou Gallaudet University), c'est tout un monde
nouveau qui s'ouvre à lui. Lorsqu'il apprend l'American Sign Language,
s'implique dans des organisations de la collectivité sourde et développe le
sens de ce que ces gens "font partie de mon monde", il se sent chez
lui. Les ambiguïtés d'identité subissent des changements qui sont parfois
dramatiques.
Un vidéo intitulé ASL Pah: Deaf Student’s Perspectives on their
Language illustre cette expérience. Ici nous voyons quelle gravité avait
la question d'identité pour une femme appelée Cheryl. Même si on peut faire
valoir que ce ne sont pas tous les jeunes Sourds qui se sentent dans une telle
insécurité, dans mon expérience, c'est assez commun. Ce n'est pas avant le
high school que Cheryl commença à développer un sens de la collectivité,
d'une estime de soi positive, là où elle devint une personne sourde
culturellement identifiée. Elle devint forte et sûre du fait de se connaître
elle-même comme membre d'une collectivité de personnes qui sont toutes comme
elle : sourdes.
Deux
Relate à quelqu'un un fait et tu atteins son esprit, raconte-lui une
histoire et tu touches son âme.
Proverbe hassidique
Une disparité culturelle et une perte analogues peuvent confronter un enfant
entendant né dans un foyer aux parents sourds et élevé dans le monde des
Sourds. Les statistiques indiquent que 88-92 % des enfants nés de parents
sourds aux États-Unis sont entendants. Ils se demandent souvent :
"Suis-je entendant ou suis-je sourd ?" Dans mon expérience
étendue, les questions d'identité illustrent le mieux le conflit culturel que
connaissent les codas, mais ce ne sont pas tous les codas qui le vivent au même
degré. Les parallèles entre le vécu des codas et celui d'enfants sourds nés
dans une famille entendante sont extrêmement intéressants. L'identité
culturelle est clairement un jalon de croissance important pour les personnes
sourdes, tout autant que pour les codas. Les codas peuvent se sentir en
conflits, marginalisés et seuls, à grandir entendants dans un monde de Sourds.
C'est tout comme un enfant sourd qui grandit dans le monde d'une famille sourde.
Dans son livre, Life with Two Languages: An Introduction to Bilingualism (1982),
Francois Grosjean décrit quelques-uns des traits de la langue parlée
d'individus bilingues et biculturels. Une des caractéristiques majeures, c'est
l'expérience de la marginalité. Il utilise les adjectifs suivants pour
décrire leur expérience d'identité : sans amis, confus, solitaires,
seuls, ambivalents, isolés, marqués, différents, pas affiliés, perdus,
bizarres et déconnectés. Les codas ont aussi tendance à sentir qu'ils ne sont
ni chair ni poisson. Voici quelques propositions qui décrivent leurs
expériences analogues : coincés entre, le seul, sur le bord, un pont, et
pas sûr de qui je suis. Un coda a dit "Je me sens comme si j'avais visité
deux maisons mais que je n'avais pas de place pour moi-même." Une autre
coda a réalisé sa différence lorsque, à l'âge de six ans, ses cousins
sourds furent envoyés à l'école de l'État pour les Sourds pour y rester, en
l'abandonnant derrière eux. Évidemment, vous savez que vous êtes différent
lorsqu'on vous demande : "Comment as-tu appris à parler ?"
La même question fut posée il y a bien longtemps, en 1904. Dans une lettre
à la rédaction du journal The Silent Worker, E. Florence Long, la femme
de J. Schuyler Long, de Council Bluffs (Iowa), et mère de plusieurs enfants
entendants, louange le journal pour sa série de photos "d'enfants typiques
de parents sourds." Elle poursuit en disant :
Maintenant, si plus de parents sourds envoyaient à votre journal des photos
de leurs petits qui sont d'âge scolaire, il y en aurait assez pour les mettre
ensemble en forme de livre qu'ils pourraient acheter et distribuer à des
connaissances entendantes comme celles-là en posant la question :
"Votre bébé parle-t-il ?" "Comment peut-il jamais entendre
ou parler, alors que vous ne le pouvez pas ?" etc. Un si petit livre
pourrait être une bonne chose dans les bibliothèques publiques, où les
entendants pourraient le lire et débarrasser leurs esprits de l'erreur
populaire à l'effet que les mariages mixtes avec des Sourds avaient pour
résultat des rejetons sourds ou idiots. (Long, 1905, p. 76)
Le stigmate dont la société affuble les Sourds déteint inévitablement sur
leurs enfants entendants. En 1996, Charlotte Abrams a publié son autobiographie
sous le titre, The Silents. Imaginez à quel point c'est source de
confusion pour un enfant entendant dans une famille de Sourds que de se faire
identifier comme "un des silencieux." Dans son autobiographie, Doris
Isabell Crowe (1993) a décrit de quelle façon elle avait grandi avec ses
parents sourds à Cave Springs (Géorgie). Son père était connu en ville comme
"le Nul" et elle était simplement identifiée comme "la petite
du Nul". Des grands-parents entendants sans réfléchir jettent
occasionnellement le fardeau sur les épaules de leurs petits-enfants entendants
de "raconter" et "expliquer", et, autrement, de
"prendre soin de" leurs parents sourds. Il s'ensuit que les codas
savent très tôt dans la vie qu'ils sont différents.
Bien sûr, ma soeur et moi savions que nous étions différents. Lorsque le
téléphone fut installé chez nous, j'avais 9 ans et elle, 15. Nous passions la
journée entière à appeler tous nos amis entendants. J'ai su que j'étais
différent au high school lorsque, dans mes conversations avec des amis, je leur
portais une attention visuelle intense et je maintenais un contact visuel, ce
que ne faisaient pas mes amis entendants. La pensée qui me traversait l'esprit
était : "Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? " Ils ne
me regardaient pas de la même façon que moi, je les regardais. Nathie Marbury
décrit le besoin de sa fille entendante d'avoir un contact visuel, dans ce clip
vidéo humoristique intitulé Deaf Culture Lecture: Cultural Differences
(1996).
C'est une expérience pénible que celle du conflit culturel alors qu'on
ignore ce qui se passe. Je pensais que j'étais le seul à avoir besoin de
contact visuel. J'aurais souhaité que quelqu'un m'explique cette partie de la
culture sourde internalisée lorsque j'étais jeune. Ce n'est pas avant 1987,
alors que j'assistais au congrès du Registry of Interpreters for the Deaf, à
St. Paul (Minnesota), pendant une présentation en plénière par feue Marie
Jean Philip, que j'ai finalement compris ce qui se passait. Philip expliqua
qu'un des aspects de la culture sourde, c'est le besoin de maintenir un contact
visuel. Les entendants ont coutume d'éviter le contact visuel soutenu. Il est
considéré grossier de "fixer". J'ai eu une épiphanie. Cette toute
petit particule d'information m'a aidé à commencer à comprendre ce message
négatif qui remontait au temps du high school : "Qu'est-ce qui ne va pas
chez moi ?" et de boucler la boucle là-dessus.
J'avais également bénéficié d'idées recueillies dans les écrits
d'autres codas. Par exemple, lorsque le livre de Lou Ann Walker, A Loss for
Words (1986), fut publié, quelques-unes de mes expériences comme coda
commencèrent à prendre un sens. À ma connaissance, c'est la toute première
histoire autobiographique de coda largement distribuée. Dans l'émission de
télévision, Deaf Mosaic: A Bridge Between, Walker les raisons qu'elle
avait pour écrire ce livre.
Walker se sentait très protectrice de ses parents et voulait s'assurer
qu'ils ne seraient pas troublés par les divulgations personnelles contenues
dans le livre. Un des préoccupations communes des codas, c'est :
"Qu'est-ce que les gens vont penser de mes parents sourds si j'ai des
propos négatifs à leur égard ? " Depuis 1986, 14 autres
récits autobiographiques ont été publiés, et l'excellente recherche du coda
Paul Prestons, Mother Father Deaf: Living between Sound and Silence (1994)
a été bien reçue. Le vécu partagé dans ces livres et d'autres devrait être
également utiles aux codas et à leurs parents sourds.
À l'âge de huit ans, Walker pensait que ses parents pouvaient entendre et
qu'ils étaient des espions. J'ai aussi eu mes doutes à l'effet que mes parents
pouvaient réellement entendre, mais j'ai gardé cette pensée secrète. Comme
enfant, j'ai mis mes parents au test. Il y avait des moments où, lorsque je
frappais des mains ou que je faisais beaucoup de bruit, ma mère se retournait.
D'autres fois elle ne réagissait pas. Bien sûr, je faisais ce qu'apparemment
beaucoup d'autres jeunes codas ont fait : je fonctionnais avec une
fantaisie idéalisée à savoir que mes parents pouvaient entendre et que, par
conséquent, ils étaient comme les parents de mes amis. Je suppose que mes
espoirs étaient qu'ils ne soient pas sourds. Mais je pensais que j'étais seul
à avoir ces sentiments. Je pensais que j'étais seul à faire ce que j'avais
fait. L'histoire de Walker m'a aidé à normaliser mon expérience et, par la
suite, j'ai cessé de me sentir seul et taré à cet égard.
Un documentaire exceptionnel mettant en lumière le vécu de sept codas
adultes australiens fut produit en 1992. Aux États-Unis, dans la collectivité
des codas, on s'entend pour dire que Passport without a Country est une
peinture éloquente de l'expérience des codas. Le segment "A Search for
Identity" est particulièrement émouvant. Là encore, reconnaissant que,
peut-être, ce ne sont pas tous les codas qui vivent la polarité
sourd/entendant de façon aussi vive que ce qui est dépeint ici, le sens qu'on
se sent aliéné de sa terre natale, même si vous avez le passeport en main,
est une métaphore vive pour décrire les conflits culturels et identitaires
internes contre lesquels codas peuvent avoir à lutter.
La dernière illustration vient d'une époque où je songeais à changer de
carrière et je pris part à un programme de conseillers en orientation
professionnelle d'une durée de deux jours. Un des instruments de tests que je
complétai fut le Stanford-Binet Intelligence Test. Le psychologue connaissait
bien la collectivité des Sourds, savait que mes parents étaient sourds et
réalisa que l'anglais était ma langue seconde. Il expliqua qu'il y avait des
normes bilingues (ESL) pour le Stanford-Binet et procéda à interpréter les
résultats du test à partir des normes ESL. C'était la première fois de ma
vie qu'un professionnel ou n'importe qui me considérait comme une personne
bilingue. J'avais 48 ans.
Trois
Raconter notre histoire est peut-être la chose la plus humaine à faire. En
racontant des histoires, nous nous souvenons de notre passé, nous inventons
notre présent, et nous imaginons notre avenir. Puis, en partageant ces
histoires avec d'autres, nous vainquons la solitude, nous découvrons la
compassion et nous créons une collectivité avec des âmes soeurs.
Sam Keen, philosophe, théologien et poète
Permettez-moi maintenant de décrire une façon, pour les codas, de résoudre
la question d'identité. Mon parcours vers l'intégralité a inclus une
compréhension de ce que je suis bilingue et biculturel, et un coda. C'est là
mon identité, mais ce ne fut pas toujours le cas. J'ai travaillé à l'University
Gallaudet comme professeur à la Kendall Demonstration Elementary School for the
Deaf pendant 17 ans avant d'assister à mon premier congrès de CODA. Lorsque je
suis retourné au travail et que je suis rentré sur le campus, je savait qu'il
y avait quelque chose de différent. Kendall Green était le même, mais
j'étais différent. Au cours des années, j'avais consciemment cherché
d'autres HCDP, mais je n'avais pas de collectivité. Au CODA, je trouvais enfin
cette collectivité. Au CODA, je commençais un parcours vers la compréhension
de moi-même comme coda, quelque chose entre sourd et entendant, une troisième
possibilité. J'ai découvert le moment des codas.
L'identité de groupe, le sens de ne pas être seul, le sens qu'il y en a
d'autres comme moi, est une expérience très personnelle, mais libératrice et
positive. En mars 1988, un des orateurs au rallye Deaf President Now, à
Washington D.C., m'a dit que, lorsqu'il regardait Maryland Avenue du haut de la
tribune et plusieurs milliers d'étudiants et de membres et de supporters de la
collectivité sourde en marche de l'université vers le Capitole, il avait le
sentiment de "Voilà mon peuple". Jusqu'à la formation de CODA, en
1983, il n'y avait aucun crochet où je pouvait accrocher mon sens d'identité
de groupe. Jusqu'à mon premier congrès CODA, en 1986, je n'avais jamais
rencontré d'autre coda auto-identifié. Il n'y avait aucune occasion de se
rassembler sous cette bannière ou cette identité culturelle. L'identité
culturelle sans collectivité est impossible.
Aujourd'hui, il est impensable que les gens qui sont sourds embrassent une
identité sourde dans l'isolement, sans occasion de se rassembler entre eux. Là
encore, aux premiers jours de CODA, il y avait des craintes et des angoisses
parmi nous qui mettaient un nuage sur notre rencontre. Beaucoup d'entre nous
avaient grandi avec le sentiment d'être si protecteurs de nos parents qu'il y
avait un sens de trahison dans le fait de nous rencontrer et de partager des
"secrets de famille". Comme le disait Sheila Jacobs, une des
premières pionnières fortes et indéfectibles partisanes au sein de CODA, à
notre premier congrès, en 1986 :
Les codas sont sortis de nulle part. Nous commençons à nous parler entre
nous, à réfléchir sur notre vécu personnel et collectif. Je peux me souvenir
de ma propre réaction négative lorsque j'ai découvert qu'une telle
organisation existait. Ma première réaction fut : "Quel culot !
Pour quoi faire ? " (Bull, Rutherford & Jacobs, pp. 1-2)
Dieu merci, après tant d'années à nous réunir, nous nous en sommes
sortis. La deuxième source de résistance qui s'opposait au développement
d'une collectivité CODA provenait de notre parenté sourde et de la
collectivité sourde. Nous étions suspects. Un des mythes que les codas ont eu
à surmonter, c'est la notion que nous nous étions réunis dans le but de
"poignarder nos parents dans le dos" ou pour dire du mal de notre
famille. Bonnie Kraft, autre supporter dynamique et ardente de CODA, raconte une
anecdote sur la fois où sa mère lui a demandé : "Pourquoi en
fais-tu tant pour CODA ? Est-ce que j'ai été une mauvaise
mère ? "
L'explication que Bonnie donne dans le vidéo Tomorrow Dad will Still be
Deaf and Other Stories (1996) est que le "CODA est mon club
sourd". C'est vrai. Nous nous réunissons parce que nous sommes pareils et
que nous avons beaucoup en commun, tout comme les personnes sourdes se
retrouvent au club sourd ou assistent à d'autres activités communautaires pour
partager leurs vies parce qu'elles sont pareilles. En tant que codas, nous nous
rassemblons pour partager une collectivité avec ceux qui sont comme nous. Le
parallèle le plus clair est celui d'un étudiant sourd qui trouve enfin une
collectivité d'amis sourds et qui se sent, pour la première fois, chez lui.
Rappelez-vous du premier clip vidéo sur l'expérience de Cheryl. Une des
façons, pour un coda, de résoudre son débat intérieur : "Suis-je
entendant ou sourd ? ", c'est de devenir membre d'une
collectivité et d'entretenir cette identité culturelle.
Avec le soutien d'amis codas, Sherry Hicks a écrit une pièce
autobiographique pour femme seule dans laquelle elle décrit avec vivacité la
lutte entre ses entités internes sourde et entendante. Elle a trouvé une
résolution de son conflit en se comprenant comme une coda. Phoenix The
(1993) est un témoignage à la clarté et à la force qu'elle a trouvées à
CODA. Ses projets de création sont un testament au pouvoir de la collectivité
(Sherry: The Music Sign Language Video – 1994).
Nous sommes tous sur un voyage à la recherche de la guérison et de la
totalité. Pour les codas, le conflit culturel et les luttes d'identifié
peuvent être résolus. Je peux montrer du doigt tant et plus d'histoires
personnelles de codas qui, quel que soit leur âge, leur sexe ou leur
nationalité, ont vécu une percée personnelle très significative lorsqu'ils
"se sont trouvés" à nouveaux eux-mêmes, au CODA. L'expérience
"d'arriver chez soi" et de "mon peuple" est un écho des
expériences que les gens ont lorsqu'ils trouvent enfin la collectivité dans le
monde des Sourds. Pour les enfants entendants de parents sourds qui ne se
sentent pas entièrement connectés au monde des entendants, qui ne se sentent
pas comme faisant totalement partie du monde des Sourds, il existe une
troisième place où ils peuvent être à 100 % connectés, intégrés et
chez eux : au CODA, et avec d'autres codas.
Quatre
Les histoires sont nos protecteurs, comme notre système immunitaire ;
elles nous défendent contre les attaques d'une aliénation débilitante, elles
sont le tissu connecteur entre la culture et la nature, le soi et les autres, la
vie et la mort, qui cousent les mondes les uns aux autres, et dans le récit,
l'âme s'émeut et naît à la vie.
Joan Halifax (1993), The Fruitful Darkness
Les parents qui sont sourds, qui profitent de ressources professionnelles et
communautaires, ainsi que de soutien de leurs pairs, sont mieux placés pour
aider leurs enfants entendants à vivre leurs expériences biculturelles. Mon
identité de coda s'est concrétisée pour moi à mon âge mûr, mais il n'est
pas nécessaire qu'il continue à en être ainsi pour les autres. Mon but ici
est de faire en sorte que la collectivité des Sourds et les parents d'enfants
entendants deviennent plus engagés vis-à-vis les besoins de leurs enfants
entendants envers une identité communautaire et culturelle. Les parents sourds
peuvent aider leurs jeunes enfants entendants à trouver leur identité à un
âge précoce. C'est merveilleux de voir de jeunes codas obtenir du soutien
parental et communautaire pour leur identité biculturelle. Les parents sourds
peuvent améliorer l'estime de soi de leurs enfants en transmettant leur
connaissance de l'ASL, des normes culturelles, des valeurs, des règles de
comportement, des traditions, et le patrimoine de la collectivité des Sourds.
Les parents sourds peuvent dire à leurs enfants qu'ils sont spéciaux parce
qu'ils sont bilingues et biculturels. Les parents sourds peuvent s'assurer que
leurs enfants ont une collectivité coda et qu'ils rencontrent des codas
adultes, juste comme on dit que les enfants sourds de parents entendants ont
besoin de Sourds adultes comme modèles de comportement. Les parents sourds sont
dans la meilleur position pour montrer à leurs enfants entendants qu'ils font
partie d'une collectivité mondiale de codas qui sont fiers de contribuer
positivement à la collectivité, ainsi qu'au monde des Sourds.
Ce cours est un ensemble de deux vidéos de 90 minutes accompagnés d'un
guide du facilitateur de huit leçons. Le vidéo est une compilation des
expériences de 19 parents sourds qui ont des enfants entendants. Huit sessions
de groupe couvrent ces questions : les attentes des parents, la
communication, l'interprétation, la discipline, les valeurs, l'estime de soi,
et les années d'adolescence. La conception est, pour un facilitateur parent
sourd de recevoir la formation qui lui permettra de mener des discussions et de
couvrir les sujets. Les parents sont encouragés à se soutenir les uns les
autres et à réaliser le caractère unique de leurs enfants bilingues et
biculturels. Lorsque les parents se sentent assez bien pour exprimer leurs
pensées et leurs sentiments, ils sont dans une meilleure position pour
apprendre les uns des autres et pour comprendre leurs enfants entendants et pour
intercéder convenablement en leur faveur.
Une autre façon qui permet aux parents sourds de partager leurs joies et
leurs frustrations, d'apprendre les uns des autres et de se soutenir les uns les
autres, c'est de former un groupe KODA. En 1992, des parents sourds du Maryland
ont perçu le besoin pour leurs enfants codas et forger des amitiés avec
d'autres codas. Ils se sont organisés, on préparé des activités amusantes
pour les enfants et ont eu le temps de discuter de leurs préoccupations comme
parents. Leurs pique-niques annuels grossirent jusqu'à réunir plus de 150
participants pendant plusieurs années. Une équipe de film de Deaf Mosaic a
assisté à l'un de leur pique-niques et produit l'émission : Deaf
Mosaic: KODA, a National Organization for Kids of Deaf Adults (1993).
La collectivité des Sourds, par l'entremise de la National Association of
the Deaf, a offert des programmes de camps d'été en leadership pour les jeunes
Sourds (YLC) depuis 1969. Les expériences de camps réservés aux codas ont
commencé en Australie en 1993. C'était un effort conjoint de Australian CODA
et des collectivités sourdes. Leur session la plus récente s'est tenue à
Victoria en janvier 2004. Aux États-Unis, le Camp Mark 7, au nord de l'État de
New York, offre depuis 1997 des sessions pour les enfants codas et les jeunes de
9 à 16 ans. Les nombres ont grandi, de 16 à 100 codas sur deux sessions. Un
des plus importants aspects du camp, c'est la qualité et la diversité des
conseillers : ce sont des codas adultes exceptionnels, certains viennent
même de l'étranger. Certains sont des conseillers en formation qui assistent
au camp depuis des années. Les codas adultes et les membres de la collectivité
sourde partagent les même préoccupations pour la génération future : la
nôtre s'exprime dans notre appui au Koda Camp, la leur l'est par leur appui du
YLC.
J'ai beaucoup appris des écrits d'autres codas et je crois que les parents
sourds ont soif d'information. Il y a un grand besoin pour les parents sourds de
partager leurs histoires de parentage d'enfants entendants. Je peux compter sur
les doigts d'une seule main le nombre d'articles écrits par des parents sourds
américains sur la vie de famille. J'encourage les parents sourds à partager
leurs expériences dans l'éducation d'enfants entendants. Il y a également un
besoin de livres d'histoires pour les enfants, qui tracent un portrait de la vie
de famille où les parents sont sourds avec des enfants entendants. À ma
connaissance, il n'en existe pas.
Il est difficile d'être parent, mais cela a aussi ses moments d'hilarité et
de plaisir. L'humour est une façon exceptionnelle pour les familles d'aider
leurs enfants à résoudre le conflit entre Sourds et entendants. J'ai deux
histoires racontées par des mères sourdes à partager avec vous. Nathie
Marbury raconte son shopping avec ses deux filles dans Deaf Culture Lecture:
Tools for a Cross-Cultural Adventure (1996). Elinor Kraft, dans Live at
SMI: Elinor Kraft (1994) partage l'histoire délicieuse d'une mère
canadienne de six enfants, dont deux sont entendants. Partager ces anecdotes
peuvent rassembler les parents sourds d'un façon unique. Les contes, l'humour
et le rire sont des fils indispensables qui forment le tissu de nos congrès
internationaux du CODA. Nous sommes les enfants d'un peuple de conteurs unis par
une tradition orale.
Tout au long de cette présentation j'ai essayé de montrer que la confusion
et le conflit d'identité pour les codas peuvent être améliorés de cinq
façons comme suit : 1) en acquérant de l'information par la lecture
d'autobiographies et autres ressources ; 2) en développant
intentionnellement des identités individuelles et de groupe ; 3) en
formant des groupes de soutien pour les parents et en offrant une variété
d'activités de camping et autres pour les enfants entendants ; 4) en
utilisant l'humour pour renforcer le lien des parents ; et 5) en augmentant
les occasions d'éducation des parents et de développement de ressources
d'information. Tous ces efforts peuvent aider les enfants entendants nés dans
des familles où un parent ou les deux sont sourds va vers le développement
d'une identité culturelle ferme et positive.
En concluant, permettez-moi de partager un courriel reçu d'une mère sourde.
Elle parle ici de sa fille (coda) entendante : "Il y a quelques
semaines, ma fille et moi avions une conversation. Je venais de découvrir
qu'elle était enceinte et ma fille me demandait pourquoi c'est arrivé et
toutes sortes de question d'un enfant de 5 ans. Je ne suis pas une personne
religieuse, mais j'ai pensé parler de Dieu qui l'aiderait à mettre les choses
en perspective. J'ai dit : 'Tu sais, je suis sourde et Dieu m'a choisie
pour être sourde, même chose pour ton père.' Puis j'ai dit : 'Dieu t'a
choisie pour être entendante et ton petit frère [de trois ans] aussi.' Elle me
dit : 'Non ! Je suis entendante et sourde.' Abasourdie, je lui
demandai : 'Qui t'a dit ça ? ’ Elle répondit : 'Dieu.'
Elle dit ça avec un petit sourire."
Et cette mère continue en disant : "C'est la plus belle chose qui
s'est produite. Cela disait vraiment quelque chose de son identité, qu'elle l'a
explorée elle-même, et c'est évident que c'est ce qu'elle ressent. Je pense
que c'est formidable." Hé bien, je pense aussi que c'est formidable.
J'ajouterai seulement que j'espère que cette mère et tous les parents diront
à sa fille et à leurs enfants dès leur plus jeune âge : "Oui, vous
êtes entendants et sourds et vous êtes aussi un coda."
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(Click on "All About" then "Info Packet." This is designed
for parents to give to school personnel and other professionals who deal with
their hearing children.)
Gallaudet University Library "Pathfinders" for further research are
available at http://library.gallaudet.edu/dr/guid-dpohc.html
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http://library.gallaudet.edu/dr/guid-hcodp.html
KODA: Kids of Deaf Adults. Montgomery
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National CODA Outreach Contact: thomas.bull@gallaudet.edu
Parenting Advisory Council, Inc, P.O.
Box 2624, Fairfax, VA 22031 http://www.pacfamily.org/
or send an email to info@pacfamily.org
Notice biographique :
Thomas Bull s'implique depuis longtemps auprès des enfants d'adultes sourds
(amér.: CODA), organisation éducative internationale qui s'adresse aux enfants
entendants de parents sourds. Il a été certifié au niveau national par le
Registry of Interpreters for the Deaf depuis 1972 et possède un M.A. en
éducation des Sourds de Gallaudet University, où il est présentement membre
du personnel des services d'interprétation de Gallaudet. Il est l'auteur du
travail de référence hautement louangé, On the Edge of Deaf Culture:
Hearing Children/Deaf Parents Annotated Bibliography. Il a fait des
présentations sur des questions intéressant les codas à des congrès
régionaux, nationaux et internationaux et il est présentement rédacteur d'une
anthologie de nouvelles, de poésie et autres écrits de codas, de parents
sourds et leur enfants codas. Il a été désigné contact du National CODA
Outreach et est consultant auprès de la Fédération mondiale des Sourds sur
les questions de codas. On peut le rejoindre à l'adresse suivante : thomas.bull@gallaudet.edu
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