Les systèmes de contrôle – L'héritage mondial de la maltraitance
institutionnelle des enfants
Par : Roch Longueépée, fondateur & président, Internations’ Justice
Federation
Conférence publique sur la maltraitance des enfants dans les institutions
Ottawa Marriott, Ottawa, Ontario, Canada
Le vendredi 10 septembre 2004
Distingués invités, membres de Reach Canada, mesdames et messieurs. Je veux
remercier tous et chacun d'entre vous d'être ici aujourd'hui. Je m'appelle Roch
Longueépée et je suis le fondateur et président de Internations' Justice
Federation. Cet organisme, présentement en voie de développement, intercède
en faveur d'un changement dans les standards de restitution concernant la
maltraitance des enfants en institutions. La fédération intercède également
pour le changement dans les standards de protection des enfants touchant la
génération actuelle et les générations futures d'enfants.
Ma passion pour ce travail est profondément enracinée dans ma propre
expérience personnelle. Si je suis un avocat du changement, je n'en suis pas
moins un survivant.
Je ne suis pas seul. Je suis un parmi les nombreux survivants du monde
entier. Nous sommes les victimes de l'exploitation et de la maltraitance des
enfants. Nous sommes les anciens enfants des rues. Nous sommes les anciens
enfants de la guerre. Nous sommes les enfants et les victimes de la maltraitance
institutionnelle. Notre enfance nous a été enlevée par ceux à qui on avait
confié la mission de nous protéger et de prendre soin de nous. Dans le sillage
de cette maltraitance sont apparus la pauvreté, l'itinérante, la corruption,
les mutilations, l'éradication culturelle, le génocide et la mort. Ces
institutions ont bâti leur avenir sur nos malheurs.
Même si la santé mentale et la surdité constituent nécessairement et à
proprement parler le sujet principal ici, cette semaine, je veux souligner
d'entrée de jeu que je crois que nous avons des enjeux bien plus critiques à
affronter pour le moment. En tant que défenseur de la maltraitance
institutionnelle des enfants, je travaille avec un ensemble étendu de groupes
et de cultures. Parmi ces dernières, il y a la culture des Sourds. La question
de la maltraitance institutionnelle des enfants touche, à tous égards, les
groupes et les individus marginalisés. Je veux d'abord vous dire aujourd'hui
que je ne suis pas sourd. Je ne suis pas expert dans les questions de culture
sourde. Je suis ici, tout comme vous, dans une certaine mesure pour me
renseigner davantage sur les questions de surdité. Je ne prétend pas savoir ce
que c'est que d'être sourd. Mais j'espère bien que je vais aider chacun
d'entre vous à comprendre comment la cause que je représente affecte la
collectivité dont vous faites partie et dans laquelle vous travaillez.
C'est dans ce contexte que j'espère m'adresser à vous aujourd'hui. Je vous
parle non pas comme une victime de la maltraitance institutionnelle des enfants.
Je vous parle comme un survivant qui essaie de dépasser ce vécu.
Il sied parfaitement au contexte d'aujourd'hui que je commence par l'histoire
d'un des cas les plus notoires mettant en cause la collectivité sourde.
C'était en 1991, lorsque le scandale de la maltraitance des enfants à l'école
Jericho Hill pour les Sourds et les aveugles, en Colombie-Britannique, fit les
manchettes à travers le Canada. L'école Jericho Hill, un pensionnat, devenait
ainsi le premier cas de maltraitance institutionnelle d'enfants mettant en cause
des enfants sourds, et l'un des cas les plus infamants du Canada.
Pendant les quelques premières années de fonctionnement, la rumeur voulait
que l'école Jericho Hill était l'un des meilleurs pensionnats au monde pour
les enfants sourds.
L'école Jericho Hill avait pour mission de dispenser la meilleure éducation
aux enfants sourds et aveugles partout. Pendant les décennies où elle a
fonctionné elle a vu passer en ses murs des enfants de toute l'Amérique du
Nord. Ce qui est triste, c'est que ceux qui ont construit la structure physique
n'ont pas vu l'isolement qu'auraient à affronter les enfants de Jericho,
l'isolement de la surdité. Pour beaucoup d'enfants sourds qui quittaient leurs
familles et leur entourage familier, leur nouveau lieu de résidence ne ferait
qu'ajouter à cet isolement.
Derrière les murs de Jericho repose le sombre secret de l'histoire de
maltraitance physique et d'abus sexuel. L'abus sexuel des jeunes enfants resta
ignoré des ministères gouvernementaux jusqu'à ce que les victimes deviennent
à leur tour abuseurs et que la maltraitance infecte les étudiants de Jericho
pendant des décennies. Les victimes poursuivaient le cycle en abusant d'autres
enfants, jusqu'à ce que l'abus devienne un rite de passage, une situation
normale. L'inaction des gouvernements responsables de l'école verraient à
nouveau de nouvelles horreurs remonter à la surface dans de nouvelles
réalités. À l'extérieur des murs de Jericho, les étudiants continueraient
à commettre des crimes comme adultes. Les cycles de maltraitance finiraient par
pénétrer les foyers familiaux des victimes et les collectivités. Un ancien
résident tua à coups de poignards un autre ancien résident alors qu'ils
vivaient dans une résidence de groupe ; le motif de l'altercation :
le sexe. Et les vagues de douleur s'ensuivraient pour les nouveaux étudiants de
Jericho, leurs familles et leurs collectivités. À l'époque où les cycles de
maltraitance avaient atteint les collectivités dans leur ensemble, des
accusations de viol contre d'anciens étudiants de Jericho Hill ramèneraient
les enquêtes policières à l'école. Les enquêteurs de la police relèveront
des incidents d'abus, à Jericho, aussi loin dans le passé que 1945.
Fintan O'Toole, reporter irlandais au Irish Times l'a exprimé le mieux
lorsqu'il écrivit :
"L'État, pour dire les chose de façon crue, a fonctionné
remarquablement bien pour prendre des enfants vulnérables, négligés et
victimes d'abus et en faire des toxicomanes, des prostitués et des
criminels."
La société a malheureusement tendance à marquer les victimes qui sont
devenues abuseurs de l'étiquette 'méchants'. Je ne crois pas au mal. S'il y a
du mal ici, c'est dans les omissions et les commissions des gouvernements et des
organismes responsables de ces horreurs. Dans une cause récente qui a fait
date, dans laquelle se trouvait impliqué le scandale d'abus sexuel perpétré
par des membres du clergé de l'Église catholique romaine, le juge John Kerr de
la Cour suprême de l'Ontario a résumé cette question dans les meilleurs
termes. Dans ce cas particulier, le diocèse avait essayé d'intenter une contre
poursuite à une victime qui avait abusé de ses jeunes frères. Le diocèse
prétendait que la victime devenue abuseur était en partie responsable de la
souffrance de ses frères lorsqu'il en a abusé sexuellement, mais le juge Kerr
a dit qu'il ne trouvait aucun mérite à cet argument. Il a dit : "reprocher
à John ses agressions serait semblable à reprocher au monstre de Frankenstein
ses actions, plutôt que d'attribuer son comportement au savant qui l'avait
créé."
La collectivité sourde n'est pas le seul groupe identifié dans ces
scandales en matière d'abus. Les questions de maltraitance institutionnelle des
enfants affectent également d'autres groupes, dans notre pays et ailleurs dans
le monde. En pourtant, lorsque nous pensons en ces termes, nous pensons souvent
à des écoles comme Jericho Hill pour les Sourds et les aveugles. Mais le sens
de la maltraitance institutionnelle des enfant de renvoie pas simplement aux
'pensionnats'.
La maltraitance infligée aux enfants n'est en elle-même rien de nouveau
dans la société. En fait, la recherche montre des cas de maltraitance des
enfants à des époques aussi reculées que 2 000 avant notre ère.
L'abus peut être vu comme n'importe quoi d'excessif et/ou de ce qui cause du
mal comme résultat de cet excès. Même des poètes bien connus ont parlé la
valeur sociétale honteuse placée sur les enfants. William Blake a jadis écrit
un morceau intitulé
"Jérusalem"
"Et la divine Tolérance
A-t-elle brillé sur nos monts ennuagés ?
Et Jérusalem fut-elle bâtie ici
Parmi ces noirs moulins sataniques ?"
Ce à quoi Blake fait référence ici, c'est le travail des enfants dans les
moulins à pâtes et papiers industrialisés de son temps. Les dictionnaires
définissent le mot 'institution' comme "Ce qui institue ou
instruit ; un manuel ; un système d'éléments ou de règles ;
un institut. Société ou corporation établie ou organisée ;
établissement, particulièrement à caractère public, ou affectant une
collectivité ; une fondation ; comme, une institution
littéraire ; une institution de bienfaisance ; également, bâtiment
ou bâtiments occupés ou utilisés par une telle organisation." Alors,
lorsque nous faisons référence à une institution, nous devrions également
penser à tout corps gouvernemental, religieux, séculier ou de bienfaisance qui
est chargé du soin des enfants. La signification du terme a été mal
interprétée pendant des années. Le terme prend un sens plus littéral à
mesure que la société commence à s'en prendre aux impacts de la maltraitance
institutionnelle des enfants.
En mars 2000, la Commission du droit du Canada a produit un rapport au
Parlement intitulé "La dignité retrouvée - La réparation des sévices
infligés aux enfants dans des établissements canadiens". Le rapport
présente des recommandations visant à redresser la situation de la
maltraitance des enfants dans les institutions canadiennes. Malgré ses
qualités, le rapport n'est pas complet. On a fait peu de recherche sur la
maltraitance institutionnelle des enfants, en partie à cause du manque d'une
définition précise.
D'un contexte de définition approprié vient une histoire qui s'étend sur
quatre siècles. Les débuts de cette histoire ont marqué un moment de l'Empire
britannique, époque où les groupes marginalisés, comme les enfants, étaient
définis comme les "ordres sociaux inférieurs". Vers la fin des
années 1600, les oeuvres de bienfaisance chrétiennes, les gouvernements et les
groupes recherchaient un moyen de "débarrasser l'empire" des
'indésirables'. Parmi les plans introduits se trouvaient des projets de
migration impliquant les pays sous dominion des lois de l'Empire britannique.
Allan Gill, auteur de "Les orphelins de l'Empire", écrit :
"La migration des enfants fut articulée comme offrant aux enfants
déshérités un 'nouveau départ' dans un pays tout neuf. C'était également
une façon pour la Grande-Bretagne de solutionner ses problèmes sociaux.
C'était un moyen de 'semer l'empire', et il était poursuivi avec un zèle de
missionnaire. Les enfant n'étaient pas mis en adoption ni, dans le sens
habituel du mot, placés en foyers nourriciers. Quoique commanditées par le
gouvernement, les agences d'envoi et de réception était pour la plupart des
oeuvres de bienfaisance Chrétiens qui partageaient cet objectif et qui voyaient
en leur travail une mission intrinsèquement noble. "Les pays récepteurs
partageaient l'enthousiasme de la Grande-Bretagne. Le désir des Dominions –
en particulier l'Australie, le Canada et la Rhodésie (maintenant le Zimbabwe)
d'accroître leurs populations blanches, préférablement anglo-saxonnes,
coïncidait avec le désir de la mère patrie de se débarrasser de son
excédent d'enfants nés des couches sociales de bas étage."
D'évidence, le Canada est à prédominance anglo-saxonne. Les valeurs qui ont
découlé de cette période font intrinsèquement partie de la société
canadienne. L'effet de vagues de ces valeurs représente nos systèmes
politiques en poste de gouvernement. La plupart des gens sont si
désespérément dépendants de ce système qu'ils vont se battre pour le
protéger.
À mesure que la civilisation occidentale évoluait, les systèmes de valeur
de cette époque jetaient les bases des abus contre les droits de la personne
dans le monde. Les siècles qui ont suivi verraient ces systèmes de valeurs
infliger des abus aux groupes minoritaires, aux enfants et aux groupes
marginalisés.
Comme le dit le rapport au Parlement de la Commission du droit du Canada
intitulé" La dignité retrouvée - La réparation des sévices infligés
aux enfants dans des établissements canadiens", au Canada, pendant la
décennie qui a précédé mars 2000, plus de 5 210 victimes ont déposé
des plantes de sévices physiques et sexuels, d'éradication culturelle, de
stérilisation et de génocide impliquant plus de 72 institutions
résidentielles. Beaucoup d'enfants sont morts suite à des négligence graves
et à des sévices physiques qu'ils ont reçus des mains de leurs intervenants.
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le monde a vu certains des crimes les
plus horribles contre l'humanité commis par Adolph Hitler et les membres de son
parti nazi allemand. Parmi ces pratiques inhumaines, les membres du parti nazi
ont poursuivi des expériences eugéniques et humaines. Il est particulièrement
intéressant de noter que le Canada n'a pas critiqué le parti nazi pour ces
crimes.
Les écoles industrielles d'Europe ; les orphelinats où les enfants
étaient envoyés à pleins bateaux en Australie, au Canada, en Afrique, en
Irlande et dans bien d'autres pays.
Dans le monde entier il y a des cimetières collectifs d'enfants enterrés
dans des tombes sans marques, leurs identités inconnues. En Irlande, les
écoles industrielles sont accaparées par des scandales d'abus physique et
sexuel et de morts mystérieuses d'enfants. Sur les terrains de la Artane
Industrial School se trouve un cimetière collectif d'enfants enterrés les uns
par-dessus les autres dans des tombes non-marquées.
On estime qu'environ 120 enfants sont morts dans ces institutions entre les
années 1930 et 1970.
Les enfants deviendraient aussi des pions pour les gouvernements, les
organismes et la police collaboreraient avec des groupes, comme célèbre parti
Nazi de l'Allemagne, qui les utiliserait comme sujets d'étude pour la recherche
scientifique. Comme exemple canadien, nous avons celui des orphelins de
Duplessis. Le cas des Orphelins de Duplessis est largement reconnue comme le
cas le plus étendu d'abus institutionnel des jeunes de l'histoire du Canada. (http://members.tripod.com/~rootsunknown/intro1.htm
) Il y a environ 6 000 survivants
qui, enfants, furent mis dans des orphelinats et des institutions
psychiatriques.
"Le premier ministre de la province en ce temps-là était Maurice
Duplessis ; c'est de là que vient le nom Les survivants prétendent que,
pendant qu'ils étaient dans des institutions dirigées par des congrégations
religieuses catholiques, ils ont souffert de mauvais traitements et d'abus
sexuel. On croit que la plupart des "orphelins" étaient de fait des
enfants nés hors du mariage. Comme cela se passait dans les années 1930, 40 et
50, ils étaient laissés aux soins de congrégations religieuses qui tenaient
les orphelinats. Dans certains cas, ces établissement étaient transformés en
institutions de soins de santé et dans d'autres, les enfants étaient envoyés
des orphelinats à des hôpitaux déjà existants. Dans ces hôpitaux,
également tenus par les congrégations religieuses, les Orphelins de Duplessis
prétendent que les médecins ont faussement étiqueté beaucoup d'enfants comme
déficients mentaux. La raison de tout cela est que le Québec pouvait obtenir
plus de fonds du fédéral pour les institutions de soins que pour les écoles
et les orphelinats. Plus d'argent pour le Québec voulait dire plus d'argent
pour les congrégations religieuses." Une fois étiquetés comme
déficients mentaux, les enfants étaient soumis à des traitements comme la
camisole de force, la thérapie à l'électrochoc, la médication excessive, la
détention en cellule et même les lobotomies. Leurs histoires d'abus physique
et sexuel sont terrifiantes. ( http://members.tripod.com/~rootsunknown/intro1.htm
)
Les victimes disent aussi avoir été témoins du meurtre d'autres
résidents. Dans certains cas les enfants qui en étaient victimes sont morts
d'avoir été gravement négligés. Pour les témoins enfants, ils vivent
jusqu'à nos jours avec l'horreur de ces dernières images. Nombre de ces
enfants n'ont jamais été retrouvés.
Pour ces orphelins qui survécurent, lorsqu'il n'était plus possible de
faire d'autres gains financiers en les gardant, ils sont libérés de leur
épouvantable existence derrière les murs de ces institutions. Sans éducation
et avec de faux dossiers médicaux, ils n'étaient pas préparés à leur vie
d'adultes. Les moindres traces de leurs familles leur avaient été volées. (http://members.tripod.com/~rootsunknown/intro1.htm
)
Si des cas comme celui des orphelins de Duplessis étaient contenus à une
seule province, d'autres groupes d'offenseurs étaient mondialisés. Le
mouvement des Frères des écoles chrétiennes, sous la gouverne de l'Église
catholique, tenaient des orphelinats dans le monde entier. Cette communauté est
l'un des pires groupes de délinquants impliqués dans les questions d'abus
institutionnels de l'histoire. Leur histoire criminelle s'est étendue sur plus
de quatre siècles et a affligé des victimes par milliers. La communauté a
maintenant été dissoute.
Dans le sillage de cas comme ceux-là, il y a eu des découvertes de sites de
charniers d'enfants, dont l'identité est inconnue. Au Canada et dans le monde
entier, beaucoup de cas restent non imputés et les responsables ne sont pas
poursuivis pour leurs crimes.
Au Canada, d'autres formes de violations des droits de la personne ont été
perpétrées contre les enfants et les marginalisés, comme les opérations
d'eugénisme qui se sont déroulées aussi récemment que dans les années 1970
et 1980. L'eugénisme est défini comme "l'étude de l'amélioration
héréditaire de la race humaine au moyen d'une reproduction sélective
contrôlée". Parmi les candidats qualifiés qui furent identifiés se
trouvaient les Sourds. L'histoire de la culture sourde elle-même est une lutte
longue et ardue étendue sur plusieurs générations.
Dans à peu près quatre semaines un étudiant en droit et moi allons tenir
une conférence de presse pour annoncer la sortie d'un rapport sur l'eugénisme
en Nouvelle-Écosse. Jusqu'à ce jour, le public a tout ignoré de ce scandale.
Le rapport est cinglant et solidement appuyé sur une preuve bien fondée. Le
seul fait qu'une telle pratique ou valeur existe aussi tard qu'à la fin des
années 1980 devrait nous dire quelque chose, à nous tous qui sommes ici. Cela
nous dit que les problèmes du passé ne sont pas finis. Les gouvernements et la
société font souvent des commentaires comme "c'était il y a longtemps,
ces choses ne se produisent plus", ou comment l'abus institutionnel contre
les enfants a-t-il rapport au présent ? Beaucoup d'entre vous qui êtes
ici aujourd'hui connaissent, j'en suis sûr, l'apartheid de l'Afrique du Sud.
Vous êtes tous bien au courant du stratagème des réserves indiennes du
Canada. Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que l'apartheid de l'Afrique
du Sud fut inspiré du modèle des réserves indiennes du Canada.
On cite aussi souvent la société en disant que la violence poussée à cet
extrême ou à cette échelle n'existe pas. En termes actuels et futurs, la
violence ne finit pas ; elle ne fait que prendre de nouvelles formes. C'est
la violence de l'inaction, de l'indifférence et de la détérioration lente.
Lorsque vous enseignez à d'autres à haïr et à craindre autrui, lorsque
vous enseignez qu'un individu ou un groupe est inférieur à cause de sa race,
de ses croyances ou des politiques qu'ils poursuivent, lorsque vous enseignez
que ceux qui ne sont pas d'accord avec vous menacent votre liberté et votre
survie ou votre famille, alors vous leur apprenez aussi à voir les autres non
pas comme des citoyens égaux, mais comme des ennemis qui ne méritent que
d'être rendus conformes et maîtrisés. C'est la réalité de la connexion
canadienne à l'apartheid de l'Afrique du Sud.
Ce qu'on vient de dire ici est également vrai des mesures réparatoires ou
de la réponse donnée aux victimes de la violence institutionnelle faite aux
enfants par le gouvernement. Lorsque ceux d'entre nous autour du monde avons
clamé ce que nous avions perdu, nos adversaires ont répondu en réduisant
notre douleur et notre souffrance à des tendances statistiques et des chiffres.
Ils ont érigé des monuments optimistes pour dissimuler la vraie mesure de
leurs crimes contre les enfants vulnérables, négligés et abusés. Ils ont
refusé à leurs victimes une inhumation digne. Ils ont rédigé des apologies
qui ne pouvaient servir à diminuer leur responsabilité.
Il nous ont stigmatisés avec des étiquettes. Ces étiquettes sont une
façade pour protéger les institutions sans honneur. Pendant des décennies, le
gouvernement et les institutions religieuses et séculières du monde entier ont
possédé la capacité – mais pas la volonté – de traiter des omissions et
des commissions qu'ils ont perpétrées contre les groupes marginalisés de la
société. Les effets de l'abus sont fortement réfléchis dans nos programmes
correctionnels et de nos taux de criminalité. De ce point de vue, c'est une
question d'économie et de maux de société.
La Commission du droit du Canada cite dans son rapport que le processus de
remédiation ou de guérison doit être à la fois qualitatif et quantitatif.
Beaucoup de victimes qui intentent des poursuites au civil ou au criminel se
plaignent souvent que l'expérience a souvent été comme celle d'une
répétition intégrale de l'abus et de l'exploitation.
Il y a de nombreuses raisons qui peuvent aider à expliquer pourquoi c'est ce
qu'ils ont ressenti. Dans plusieurs des cas d'abus institutionnel, les
institutions en cause ont fréquemment mené des "enquêtes internes".
Les résultats de ces enquêtes, dans presque tous les cas ont abouti à
l'acquittement des accusés de tous méfaits. Dans les cas où les gouvernement
sont accusés, une enquête criminelle est lancée par les organismes policiers,
ordinairement après des pressions considérables de la part des victimes. Le
résultat est habituellement le même, c'est-à-dire qu'aucun des auteurs n'est
accusé ou poursuivi.
Dans le premier cas de l'institution délinquante enquêtant sur elle-même,
la chose va sans dire. Si n'importe qui d'entre nous faisait enquête sur
lui-même, je suis plutôt sûr que nous serions tous disculpés nous aussi.
Dans le cas de la police menant des enquêtes criminelles, nous devons nous
rappeler qui est leur employeur ; le présumé auteur des crimes,
c'est-à-dire le gouvernement. En plus, dans bien des cas, la police et autres
professionnels n'avaient pas la formation ou l'expérience qu'il fallait pour
faire enquête sur les questions d'abus institutionnel des enfants. Le cas de
l'école Jericho Hill a été un exemple parfait de cela. Les enquêteurs de
police ne comprenaient pas la culture de la langue des Sourds. Les enquêteurs
ne comprenaient pas non plus l'impact de l'abus, qui avait infecté tous les
enfant de l'école Jericho Hill. Les enquêteurs de police, dans un grand nombre
d'entrevues se trouvaient devant des étudiants comme victimes une journée et
devant les mêmes étudiants comme délinquants le lendemain. Toujours, les
enquêteurs approchaient le cas d'un point de vue accusatoire. C'est ce qu'ils
appellent la démocratie.
Jusqu'à maintenant, on n'a pas fait d'études sur les résultats de ces
programmes de rémédiation, qu'il s'agisse de règlements au niveau du droit
civil ou de programmes du mode alternatif de résolution des conflits du
gouvernement. Il n'y a aussi aucun registre exact du nombre de victimes dans ce
pays. C'est en partie dû au fait que nous en sommes à peine aux étapes
préliminaires du processus. En tant qu'intercesseur et survivant dans la
question de la violence institutionnelle faite aux enfants, je peux vous offrir
quelques aperçus de ma propre expérience. Les avocats avec qui je m'entretiens
à travers le Canada, qui ont représenté des victimes, disent que jusqu'à
maintenant, le processus de rémédiation est un fiasco. Les victimes que je
rencontre sont d'accord. Je le suis aussi. Les programmes d'indemnisation ne
touchent pas adéquatement les problèmes qui affligent les survivants. Au bout
du compte, les gouvernements dépensent des montants d'argent considérablement
plus élevés à se défendre, alors dans que 99,99 % de ces cas il a été
trouvé coupable.
Il est difficile d'attendre de la justice, lorsque la partie contrevenante
fait toutes les règles, qu'elle contrôle toute la preuve et dispose de
beaucoup plus de ressources. Ce dont il est aussi question ici, c'est que nous
appliquons la "common law" à un problème qui ne s'apparente pas de
façon juste à ces lois. Les actions en recours collectif, au Canada, n'ont
commencé qu'en 1978. Alors, le manque d'expérience dans ce domaine ralentit,
là encore, le processus juridique.
Dans le cas de l'école Jericho Hill, nous perdons deux percent de la
population par année alors que nous intentons des poursuites en justice pour
les victimes. Le cas de Jericho Hill est en activité depuis plus de quinze ans.
C'est là, une fois encore, une tactique du gouvernement, de retarder les choses
jusqu'à ce que les victimes laissent tomber, meurent ou optent pour un
règlement qui compromet leur processus de rémédiation.
Les gouvernements qui ne règlent pas ces cas avec une rémédiation
adéquate nous font injustice à tous. Qu'en arrivera-t-il de bon si, après
quelques années, ces plaignants se retrouvent dans le système par le biais de
la sécurité sociale, de la santé mentale, ou de la justice criminelle ?
Si les gouvernements doivent dépenser de l'argent des impôts sur ces cas, ils
doivent en être redevables auprès du Canadien moyen. Ce n'est que bon sens
économique logique.
Trop souvent dans ces cas, les gouvernements refusent de s'attaquer au
problème et ils fabriquent des lois de prescription, qui empêchent les
victimes de faire valoir un jour leur droit devant un tribunal, ils refusent de
faire cas du rapport obligatoire, ils ne créent pas de registre national pour
ceux qui, dans les professions d'aide, s'occupent de groupes vulnérables, ils
inventent des politiques publiques sans épine dorsale et privent les bons
organismes de ressources et d'argent.
Ils prônent les dissimulations et des procédures internes propres à
décourager des réclamations futures pour maltraitance. Cette affirmation vise
les avocats qui terrorisent les victimes d'abus qui se déclarent et les
personnages propres à rien de la bureaucratie et du secteur de la santé, qui
n'ont pas fait leur boulot.
En toute bonne conscience, les gouvernements doivent reconnaître que les
lois et les valeurs des systèmes de gouvernement actuels ont contribué aux
détriments des groupes vulnérables des enfants négligés et des groupes
marginalisés. La chose appropriée et juste que devrait faire les
gouvernements, c'est de commencer à rédiger, avec les victimes, une
législation qui traitera de l'abus institutionnel tant pour le principe de la
prévention que de la rémédiation des torts causés dans le passé.
Le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, dans son allocution
d'ouverture de l'Assemblée générale, s'est adressé aux enfants du monde en
disant :
" Nous, les adultes, vous avons déplorablement fait défaut,"
dit-il, en faisant remarquer que 33 pour cent des jeunes souffrent de
malnutrition avant l'âge de cinq ans, que 25 pour cent ne sont pas immunisés,
que près de 20 pour cent ne fréquentent pas l'école, et que beaucoup trop
d'entre eux" ont été témoins d'une violence qu'aucun enfant ne devrait
jamais voir.''
Les gouvernements et la société doivent pareillement reconnaître que les
systèmes actuels de la politique et de la justice n'ont servi qu'à perpétuer
les problèmes du passé. Trop souvent les professions d'aide de ces groupes et
les experts chargés du soin des groupes et des individus vulnérables
étiquettent ou cherchent des mesures punitives pour traiter les comportements
que leurs systèmes ont créés.
Lorsque vous dégradez un être humain aux premiers stages de son
développement, pour les renvoyer ensuite dans la société privés des moyens
de s'y intégrer, comment pouvez-vous leur jeter le blâme ?
Les victimes que je rencontre dans ce pays et partout dans le monde vivent
toutes dans une pauvreté abjecte. Nombre d'entre elles ont des troubles de
santé mentale. Beaucoup d'entre elles qui sont encore fonctionnelles souffrent
encore d'un long parcours de relation en relation parce que leur comportement
aliène souvent les gens. Un grand nombre n'ont pas de bases de soutien
familiales. Beaucoup sons itinérants.
En 1969, le Dr Ironside, professeur à la Psychological Medicine de la Monash
university d'Australie, a déclaré lors d'un séminaire sur la maltraitance des
enfants :
"Les historiens sociaux de l'avenir reverront cette époque comme une de
celles où, dans les sociétés affluentes au moins, les enfants étaient
paradoxalement privés de leur droit de naissance malgré l'amélioration
croissante des connaissance des besoins relatifs au développement d'une saine
croissance émotive, mentale et de la personnalité. L'historien social de
l'avenir notera également que les législation portant sur l'amélioration des
services destinés aux jeunes enfants dans le besoin non seulement a raté cet
objectif louable, mais, paradoxalement, il a contribué à une dépossession
plus poussée pour les enfants vulnérables."
Tandis que nous cherchons à instaurer des mesures de restitution justes,
comment évaluerons-nous le prix de l'enfance d'une personne ? La réalité
est que nous ne le pouvons pas. Toutefois, si nous sommes pour aller dans le
sens de redressement des torts, nous ne pouvons commencer qu'en engendrant une
conscience sociale.
Il y a une rédemption, qu'on peut encore trouver. Si les gouvernements
devaient admettre leurs méfaits et en rendre compte dans la maltraitance
institutionnelle des enfants, alors nous pourrions regarder du côté d'autres
pays où il y a la guerre, des ralentissements économiques, de la famine et le
sida. Sans aucun doute, ces pays mettront en place des institutions pour prendre
soin des endants négligés, orphelins et vulnérables. Le Canada pourrait se
tourner vers ces pays et dire "voici les erreurs que nous avons commises,
puissiez-vous en tirer des leçons".
Le message que je vous apporte aujourd’hui est celui-ci. Nous ne traitons
pas seulement des problèmes du passé, mais aussi de ceux du présent et du
futur. Ces problèmes n'affectent pas seulement les victimes, ils nous affectent
tous. Maintenant, plus que jamais ces victimes ont besoin de toute l'aide que
nous pouvons leur donner. Et c'est la responsabilité de tous en chacun d'entre
nous qui traitons avec elles, et d'autres qui sont dans des circonstances
analogues, de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour soutenir leur
croissance personnelle.
On leur a fait grand tort. Nous avons tous souffert de grandes pertes. Et,
dans notre chagrin et notre colère, nous avons trouvé notre cause et notre
désir pour les générations futures. Cela ne doit jamais plus se produire.
Nous sommes en guerre. Comme dans toute autre guerre, il y a des vrais morts. Et
à toutes les époques on dit que le changement ne rencontre que de la
résistance.
Il y a deux types de personnes dans ce monde – ceux qui font l'histoire et
ceux qui la lisent. Je vous dis ceci avec toute certitude – ces victimes ont
déjà commencé à faire l'histoire. Dans le monde entier, ces survivants sont
rapidement en train de devenir les auteurs du changement en cette matière. Ils
n'ont pas droit à moins que notre profond respect et notre gratitude. Je vous
demanderais maintenant de vous lever et de vous joindre à moi en reconnaissance
de leurs contributions.
D'abord et avant tout, cherchons à exercer notre liberté. La liberté de
parole, le droit d'exprimer et de communiquer nos idées, le droit de rappeler
les gouvernements à leur devoir et à leurs obligations et, par dessus tout, le
droit d'affirmer notre appartenance et notre allégeance au corps politique, à
la société. Le pouvoir de nous faire entendre, d'avoir notre part dans les
décisions du gouvernement qui informent nos vies. Tout ce qui rend nos vies
valables, famille, travail, éducation, un lieu pour élever nos enfants et un
endroit où poser notre tête.
Donnons notre aval à la Convention des Nations Unies sur les Droits de
l'enfant, maintenant ratifiée par plus de 190 pays. Un plus grand nombre de
pays ont ratifié la convention que tout autre traité sur les droits de la
personne dans l'histoire.
Prenons la résolution de ne jamais céder aux cruautés et aux obstacles des
dogmes obsolètes et des slogans usés, ni de nous accrocher à des illusions de
sécurité. Amis et ennemis, nous avons tous en partage l'investissement du
progrès pacifique. Avec une bonne conscience comme notre guide, puissent toutes
nos entreprises faire place à un monde où les forts sont justes et les faibles
en sécurité.
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